| Certains, certaines d'entre vous, ont pu lire que
j'avais relacté mes jumeaux; peut-être avez-vous
pu vous inspirer de cet épisode, où j'ai repris l'allaitement
interrompu. Ici, le schéma suit la même logique, avec
la particularité de s'adapter à une morphologie qui
a pas eu l'évolution de la glande mammaire pour préparer
un allaitement.
Ce geste est aussi source affective supplémentaire
pour l'enfant qui est séparé de sa mère naturelle,
traumatisme non négligeable.
Pour la future maman adoptive, cela ne s'explique
pas; ce paragraphe serait plutôt destiné aux autres....
Allaiter, ce n'est pas seulement apporter des nutriments,
des agents anti-infectieux, c'est un geste d'amour.
Pourquoi certains bambins continuent-il de téter,
alors que la mère n'a plus de lait (dans le cadre
d'un sevrage progressif, ou d'une nouvelle grossesse
en cours)?
Attention: ce n 'est pas le seul geste d'amour
d'une mère à un bébé, chaque mère materne à sa manière,
bébé-sein ou bébé-biberon. Mais il y a des femmes
qui conçoivent leur geste, leur parole d'amour,
par le sein car c'est un mode d'expression, une
façon pour elle de dire à leur bébé: "je t'aime".
Certaines personnes savent le dire, sentent que
c'est leur façon de s'exprimer; d'autres ont besoin
de gestuelles spécifiques, des bercements particuliers.
Et d'autres, c'est par la mise au sein, qu'elles
accomplissent leur geste d'amour, c'est la mise
au sein, qui leur semble le mieux illustrer leur
amour.
(Un dossier est dédié à la glande mammaire, expliquant
son activité hormonale et mécanique, voir plus bas
"A lire")
L'arbre mammaire de départ est à l'état de bourgeon,
il ne bénéficie pas (pas encore) de son réseau important
d'acini (ces "globules" rassemblés en grappe de
raisin), ni de l'hypervascularisation qui caractérise
la poitrine de la femme enceinte; le "réseau" hormonal
de la femme n'est pas non plus adapté, aucune information
ne permettant à l'hypophyse de lancer la sécrétion
hormonale adéquate.
Alors comment va-t-on tout mettre en route? en
commençant par une information mécanique:
stimuler les seins;
Par leur stimulation, les seins soudainement stimulés
vont donner ordre à l'hypophyse de déclencher un
processus hormonal: ocytocyne et prolactine (deux
hormones sécrétées par l'hypothalamus), ce qui va
lancer la mise en route de la lactation, entraînant
la réaction physique de développement de l'arbre
mammaire: acini et canaux lactifères, vascularisation
de la poitrine.
Il va falloir une très large semaine avant
d'obtenir "la" première goutte;
et encore une large semaine avant d'obtenir 30 millilitres;
ensuite, cela va plus vite; mais on peut s'aider....
Si l'enfant n'est pas encore entré dans la vie
du couple:
c'est la stimulation manuelle et/ou mécanique
qui va lancer le processus:
- massage aréolaire,
- expression au tire-lait,
- le compagnon peut aussi téter les seins, je
sais que ceci peut sembler choquant, mais c'est
une pratique qui fut usuelle; cela choque du
fait de la multiplicité du rôle
du sein dans nos vies et puis... on peut faire
"sans"!
- l'enfant est né et dans l'attente des dernières
formalités, la mère naturelle accepte les mises
au sein par la mère adoptive.
Idéalement, ces stimulations se feront
tous les jours, plusieurs fois par jour;
plus le temps se rapprochera de l'arrivée de Bébé
dans votre vie, et plus les stimulations devront
se rapprocher du rythme du bébé (toutes
les 2-3 heures si possible). Il faut aussi que ces
stimulations se fassent dans un climat de confiance,
et de positivité; si vous vous sentez démoralisée,
attendez un meilleur moment, ce jour-là ou le lendemain.
Enfin sachez que le tire-lait générateur
double pompage qu'on loue en pharmacie est l'idéal,
le double pompage permet de stimuler les deux seins
en même temps et cela va vous être utile,
même si vous adoptez un seul enfant: deuxx
seins stimulés fabriquent + de lait que stimulés
l'un après l'autre; deux seins en même
temps stimulés en même temps c'est
20 minutes de séance tire-lait au lieu de
2*20 minutes....
Quand le lait est là:
La première étape est franchie.
Il faut continuer à stimuler les seins comme
ci-dessus, voire il faut s'appuyer sur des éléments
à vertu galactogogue.
En première intention, je citerais: le fenugrec
(6 gélules par jours, on peut augmenter les doses
à 10 gélules jours le cas échéant); le fenouil;
l'homéopathie (qui peut aider, consulter pour
un traitement adéquat).
Quand l'enfant est enfin à la maison (lait ou pas
lait maternel):
D'abord, il faut procéder à une, deux,trois,
x tentatives de mise au sein, poitrine dénudée,
afin d'offrir un large contact charnel, être le
plus détendue possible, en ne se cabrant pas si
les premières mises au sein ne paraissent pas
idéale.
Je n'aiderai pas beaucoup, mais dans le cadre
d'une mise au sein post-partum, nombre de mères
ne sont pas à l'aise non plus, laissez-vous à
vous et à votre bébé, le temps de faire sein-connaissance.
La maman peut s'aider en proposant des mises
au sein quand l'enfant voudrait ou va s'endormir,
quand il va se réveiller (guetter les phases d'éveil-mouvements
oculaires, succion automatique); quand il souhaite
assouvir son besoin de succion (pas de tétine,
ni lolette...); après le bain.
Les mises au sein se feront donc le plus fréquentes
possible; quand l'enfant vraiment se manifeste
comme ayant faim, "passer à autre chose" pendant
quelques minutes, puis donner le complément de
lait industriel. Le but est que l'enfant ne comprenne
pas que mise au sein est suivie de miam-miam.
Quand l'enfant est enfin à la maison (et vous avez
du lait maternel):
Il faut, quand il y a du lait, entamer un processus
secondaire très important: diminuer les quantités
de lait industriel qui suivent les mises au sein.
Attention: il ne s'agit pas de diminuer les doses
sans réfléchir, ni affamer l'enfant, et le mettre
en détresse nutritive.
Si vous exprimez votre lait entre deux tétées,
et obtenez par exemple 20 millilitres de lait, il
est envisageable de donner le sein, puis de proposer
dans un premier temps, alternativement:
un complément diminué de 15 millilitres, et le
complément suivant ne sera pas diminué. Au bout
de quelques jours, quelques semaines le cas échéant,
on diminuera encore les quantités.
Par exemple:
Premier jour: 90 ml - 75 ml - 90 ml - 75 ml - 90
ml etc
et au bout de quelques jours: tous les compléments
à 75 millilitres.
Puis au bout de quelques jours: 75 ml - 60 ml -
75 ml - 60 ml - 75 ml
Il vous appartient à vous, à l'enfant, et aux indicateurs
qui suivent, de déterminer quelles quantités diminuer,
à quelle fréquence, il n'y a rien d'acquis; certaines
femmes auront besoin de plusieurs semaines pour
supprimer tous les compléments, d'autres moins,
d'autres plus.
Il faudra toujours suivre les indicateurs suivants
pour savoir si vous nourrissez votre enfant en quantité:
- mouille-t-il 6 à 7 couches par jour?
- a-t-il l'air épanoui, heureux...
- a-t-il une croissance régulière (ne veut pas
dire suit point à point les courbes théoriques
des crnets de santé, mais observe une croissance
régulière)
Optimalement, l'enfant ne prend pas le complément
avec un biberon; il prend son complément avec un
autre dispositif.
Par exemple: boire à la tasse, à la timbale, à
la cuillère, ou bien avec le Soft-cup de Medela,
ou le DAL de Medela; ces produits sont présentés
dans l'espace association.
Oui! il y a deux "plus":
- Le premier "plus" suppose que le dossier d'adoption
est tellement bien avancé que la mère connaît
presque la date où enfin, elle sera maman. Bien
sûr, rien n'est jamais totalement sûr à 100%.
Alors il faudra réserver ce qui suit aux jours
où la mère se sent bien dans sa tête, positive:
deux trois mois avant d'être maman, il s'agit
de commencer à se préparer physiquement par des
massages aréolaires, des massages du sein, des
expressions au tire-lait etc.... afin d'avoir
déjà [un peu de] du lait le jour où....
- Le second "plus", dépend pour beaucoup du mode
d'adoption, mais si la future mère adoptive peut
rencontrer la future mère naturelle, et lui parler,
si la mère adoptive peut obtenir de venir les
voir, mère naturelle et bébé, et commencer les
mises au sein, alors cela peut être très bénéfique.
Mais là, cela dépend des actes, de la législation,
du type d'adoption....
Du courage, du soutien, de la confiance!
Ceci est obligatoire. Il faut savoir que allaiter
un bébé adopté, ce n'est quand même pas si facile
que cela, sur le plan physique déjà, et sur le plan
moral. Peu de personnes savent qu'on peut allaiter
un enfant adopté (on ignore déjà qu'on peut relacter,
c'est-à-dire relancer une lactation interrompue
temporairement). Pour beaucoup, la (future) mère
désireuse d'allaiter son bébé adoptif sera qualifiée
de femme inaccomplie, qui a besoin de se compléter
dans une maternité qu'elle n'a pas vécue. Quelle
pensée méchante!
Alors qu'au contraire, c'est une façon d'apporter
quelque chose, un relationnel à l'enfant, sans pour
autant s'imaginer enceinte. Allaiter, ce n'est pas
porter un enfant dans son utérus.
C'est materner son enfant, lui apporter AMOUR ET
RELATIONNEL ... et nourriture. Vous noterez que
"nourriture" est en troisième position. Car autant
il peut être compris et but accompli d'apporter
amour et relationnel, autant il peut être illusoire
de mettre "nourriture physique" en première intention.
Et si le lait ne venait pas à 100%, et bien "le
peu" qui serait sécrété représente un immense mot
d'amour, qui mérite d'être applaudi, encouragé,
à défaut d'être compris. Car le sein n'est pas que
nourricier, il serait temps de le savoir.
En France, l'allaitement maternel est déjà "rare";il
n'est pas protégé, et il n'est pas "promu" non plus.
Dans ce pays où allaiter plus de deux mois est gage
de rareté extrême, l'allaitement d'un enfant auttre
que celui dont on a accouché représente donc une
minorité de minorité inconnue (pléonasme volontaire);
on ne sait presque pas qu'il est possible de relancer
une sécrétion lactée, alors induire une sécrétion
lactée....
Ailleurs, aux USA ou certains pays d'Europe, par
exemple, c'est déjà un phénomène mieux connu; il
dépend beaucoup de la place de l'allaitement maternel
au sein du pays.
Dans les pays à majorité allaitement, alors il
est courant d'allaiter l'enfant orphelin ou adopté,
"on ne se pose même pas de question".
A lire également:
Le sein, glande ou réservoir, en finir avec les mythes
(voir)
Un
témoignage d'une maman de la région
de Brossart, sur la rive-sud de Montréal
(Québec) Canada qui souhaite aider
d'autres mères adoptives
Relancer la lactation après sevrage ou compléments
(voir)
Mon témoignage de relactation totale de jumeaux (voir)
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