La première question pourrait être : peut-on, doit-on
donner le sein abîmé?
Avant de répondre, je vais donner un élément de
conséquence:
Le premier effet d'un sein qui n'est pas vidé est
l'engorgement.
Le sein est gorgé d'eau qui s'est infiltrée
dans les tissus, et de lait puisque ce dernier ne
parvient plus à couler, le mamelon subit
des lésions vite douloureuses; sans compter la peau
hypertendue.
Sans compter qu'un sein qui reste plein de lait,
est un sein qui va recevoir l'information de fabriquer
moins de lait (le cerveau "mesure" le
taux de prolactine contenu dans le lait; si le sein
n'a pas été vidangé, il y reste
du lait, le taux de prolactine est alors élevé,
le cerveau considère que le sein a fabriqué
trop de lait et qu'il faudra la prochaine fois,
en fabriquer moins; risque REVERSIBLE d'entrer en
mode tarissement).
Vite, il va falloir prendre un bain, s'y détendre,
et procéder à un
massage aréolaire!
Cet engorgement se produit également dès lors
que vous "sautez" une tétée. J'en parle en connaissance
de cause : il s'agissait des premiers temps, j'allaitais
encore assise la nuit, et une fois j'étais tellement
fatiguée que j'ai instamment prié Nicolas de donner
le lait au biberon. Il m'a mise en garde, et par
ignorance, plutôt que prendre Maximilien au sein
allongée, où j'aurais pu me rendormir, j'ai renoncé.
A mon réveil suivant, mon sein était gorgé au
point que c'était insoutenable. J'en ai fait un
peu téter Alexandre, car je savais que Maximilien
n'aurait pas la force de téter les premières minutes
d'un sein en engorgement.
La tétée guérit les seins abîmés, cas de la
lymphangite :
Une future maman de jumeaux m'a appelée dans le
cadre d'un soutien local; elle a allaité son premier
enfant et a fait un jour une lymphangite. Elle m'a
fait part de son expérience en matière de méconnaissance
médicale, car les médecins consultés (1) ont pensé
à tort à un abcès, et de toutes façons, ont prescrit
un arrêt total de l'allaitement. Cette jeune femme
a refusé, et a eu bien raison. Elle a contacté des
personnes plus compétentes en matière d'allaitement,
qui lui ont confirmé qu'elle devait faire téter
son enfant au sein abimé, que cela guérirait le
sein. C'est ce qui s'est produit.
Donc le sein doit être vidé à chaque tétée.
Sinon, c'est d'abord l'engorgement et donc la porte
ouverte à d'autres bobos ; l'hypogalactie ensuite
s'il n'y a pas stimulation.
Pour donner à téter, un sein abîmé,
la plus grande recommandation serait :
Si vous avez un bébé (et non des jumeaux:):
donner les deux seins à chaque tétée,
en commençant la tétée au sein
non douloureux; puis de donner le sein douloureux;
en effet, l'enfant avec toute sa faim et sa vigueur,
va assouvir ses besoins de nutrition et succion sur
le sein qui va bien, et va ensuite téter bien
plus tranquillement sur le sein douloureux;
si en plus, vous donnez des tétées très
fréquentes, et bien promis, votre enfant "tirera"
moins fort à chaque fois.
Si vous avez des jumeaux,
voici un exemple, je me base sur l'ampoule faite
au sein droit par Maximilien par manque de maturité
de succion (premiers temps):
Allaiter le "premier" au sein gauche, le sein
sain; à ce moment-là, par réflexe d'éjection,
le sein droit (abimé) se vide un peu.
Puis allaiter le "second" à chaque sein une dizaine/quinzaine
de minutes.
Ainsi, le sein douloureux est tété
mais moins sollicité.
Comme la tétée du sein abimé était douloureuse,
bien que le mamelon soit désengorgé de lait par
réflexe d'éjection, j'avais peur que mes dents
serrées n'entraînent un mauvais ressenti
chez mes enfants; alors j'essayais d'alterner
une tétée Alexandre, une tétée Maximilien, pour
qu'aucun d'eux n'ait l'impression que la tétée
m'était désagréable et douloureuse AVEC LUI. Mais
offrir, une tétée sur deux, une tétée bonheur,
une tétée plaisir détente.
Juste avant la tétée,
si cela ne vous pose pas de soucis, sur le plan culturel, vous pouvez piler de la glace, la mettre dans un
linge propre un peu humide (mouchoir en tissu par
exemple), et l'appliquer sur le sein douloureux (la
glace anesthésiera un peu le mamelon).
Des tétées fréquentes
Enfin, comme évoqué plus haut, contrairement
à ce qu'on pourrait croire, il faudrait donner
les seins à téter + fréquemment;
oui! si votre enfant tète toutes les 3-4 heures,
il a faim, il tète vigoureusement; mais si
votre enfant tète toutes les 2 heures (temporairement),
il a moins faim à chaque fois, donc il tète
moins vigoureusement et sollicite moins;
Avec des tétées fréquentes, non
seulement vous souffrirez moins, mais vous allez améliorer
votre lactation!
Quand la tétée est trop douloureuse, intenable:
L'emploi de médium lors de la lésion d'un sein
est fortement dénigré par certains groupes pro-allaitement.
A l'instar de mon ancien généraliste, qui a pour
philosophie que, en médecine, on prend parfois
la moins mauvaise des solutions, (et non pas toujours
la meilleure des solutions) ; de surcroît, je
suis d'avis que quand un moyen permet d'améliorer
la situation, pourquoi ne pas l'employer, dès
lors qu'il n'y a pas abus et que ce moyen est
adapté:
- Parmi les moins mauvaises des "moins mauvaises
solutions" (puisque je vais en évoquer deux),
je vais mentionner l'emploi du tire-lait au
sein abimé.
Toujours dans ce premier mois : j'ai eu à un
moment très mal lors des tétées du sein droit
et ce n'était pas tant la douleur que l'aspect
moral à l'idée de donner ce sein; une copine
m'a parlé du tire-lait, car je refusais l'emploi
du "bout de sein" (que je vais évoquer plus
loin) ;
J'allaitais le "premier" au sein gauche ; une dizaine
de minutes après cette tétée, mon sein gauche se
re-remplissait et je pouvais allaiter le "second"
d'un trait, au même sein; oui, des
jumeaux sur un seul sein, ça marche!!!. Quand
je vous "dis" qu'on peut allaiter des
triplés....

Puis je tirais mon lait au sein droit, et le réfrigérais.
Cela me permettait d'avoir des tétées détentes avec
tout mon petit monde, mes deux enfants au sein sain.
Puis j'ai repris les tétées aux deux seins. Je n'ai
pas eu de problèmes de réadaptation en matière de
quantités de lait au sein abîmé, il
faut le dire : car le sein droit restait sollicité
à chaque "repas". A noter cependant que mon sein
gauche est resté plus gonflé pendant quelques temps.
Attention : prenez un tire-lait doux, pas une
"trayeuse" (cette épithète n'a rien à voir avec
la taille de l'engin, mais avec son concept);
si vous avez mal même avec le plus faible rythme,
cessez, vous risquez d'abîmer plus votre peau,
cette solution ne vous va pas. procédez comme
décrit plus haut.
- Autre solution à mentionner: le bout de sein.
terme inexact, le seul bout de sein est ...
le bout de votre sein; on l'appellera plutôt
téterelle en silicone le plus souvent;
C'est une sorte de capuchon, avec une collerette,
qu'on appose au bout du sein abîmé. Il en existe
différents modèles, dont un qui a une collerette
hémisphérique. Son plus est que le nez du bébé n'est
pas sur la collerette, mais sur la peau de sa mère.
Dont il reconnait l'odeur.

L'aspect négatif du "bout de sein" quelqu'en
soit le modèle, est que la stimulation est moindre,
que le goût du matériau n'est pas toujours apprécié
de Bébé, que le matériau n'a pas le goût du
sein, ni son odeur, et qu'à cause de la collerette,
si elle est sphérique, Bébé ne sent pas l'odeur
de la peau de sa maman.
Autre point négatif, il faut savoir que la
stimulation avec ce capuchon, est moindre, et
que le temps de tétée sera rallongé certainement,
ou, si vous conservez le même temps de tétée,
le bébé qui aura tété avec ce capuchon aura
peut-être faim plus tôt.
(Un autre emploi est donné aux "bouts de sein",
à tort, c'est lorsque les tétons semblent peu
formés, ou que Bébé manque de maturité de succion.
Voyez le dossier consacré à la préparation des
seins pour le premier cas; videz un peu votre
sein (manuellement ou avec un tire-lait), donnez
éventuellement ces quelques millilitres de lait
recueilli à Bébé pour qu'il prenne des forces,
puis mettez-le au sein).
Je vous laisse juge de l'emploi de ce "matériel",
on est pour ou contre ou très réservé, mais
on ne doit pas être juge. J'ajouterai qu'il
est important quand le sein commence à aller
mieux, de découper un peu du bout du capuchon,
à chaque tétée, jusqu'à ne plus l'employer.
Evidemment, c'est destructif...
Personnellement,j'ai essayé d'employer le
bout de sein comme moyen de débuter la tétée
avec Maximilien. Il manquait de force pour
téter le mamelon gorgé de lait, quand il n'avait
que quelques jours; une nounou m'a fait essayer
le "bout de sein", pour que Maximilien amorce
la tétée depuis l'extrémité du capuchon, et
non directement à mon sein. J'ai trouvé ce
capuchon énorme, comme "un chapeau de sorcière",
mon mari a couru plusieurs pharmacies pour
en trouver de plus petits, c'était l'horreur
sur le plan psychique, et peu satisfaisant
pour le cas qui m'intéressait. (Nous avons
résolu le problème d'amorce de la tétée en
vidant un peu le sein au tire-lait, en en
donnant quelques gouttes à Maximilien qui
avait dès lors assez de forces pour prendre
le sein. Il s'est vite rattrapé depuis....)
(1) Il faut savoir que les généralistes, les
pédiatres, ne suivent pas de formation en allaitement
pendant leurs études. L'allaitement est une formation
supplémentaire et facultative et purement démarche
personnelle.
Il y a, à ma connaissance, au moins une association
créée par des médecins, qui a pour but de promouvoir
l'allaitement ET DE FORMER du personnel : médecins,
mais aussi sage-femmes, puéricultrices.....
Il y a aussi Co-naître, Envol, la Leche League,
la Sesam, qui forment des médecins à l'allaitement,
d'autres associations également.
Donc parlez de votre (futur) allaitement avec
votre généraliste, le pédiatre de vos enfants,
veillez à ce que ce médecin ait une formation
en allaitement ou au moins, soit prêt à vous soutenir;
ou si le "courant ne passe pas", parlez-lui en
et voyez à consulter un confrère plus apte en
la matière.
Commandement :
De toutes façons, ton sein videras, par la succion
de tes bébés ou matériel adéquat.
Les raisons de ton bobo analyseras
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