(La dame) Silkis, se retira dans ses appartements; elle avala un breuvage composé
de jus de dattes, de feulles de ricin et de lait de sycomore, destiné
à apaiser le feu qui rongeait ses intestins. Un médecin l'avait
mise en garde contre le mauvais état du plexus veineux de ses cuisses,
un autre s'était inquiété de sa chaleur constante à
l'anus; elle les avait tous renvoyés, avant d'accepter le traitement
d'un spécialiste qui lui avait injecté du lait de femme à
l'aide d'un clystère.
La nourrice
Datant de la basse Epoque, des contrats précisent que la nourrice, en
échange d'honoraires, s'engageait à allaiter le nourrisson ou
à s'occuper de lui pendant une période bien déterminée. Elle exerçait aussi une fonction médicale, soignant notamment
l'incontinence d'urine de l'enfant en lui faisant absorber des pilules composées
de parcelles de pierre bouillie ou un liquide à base de roseau.
Le pire pour une nourrice était de manquer de lait, elle disposait
d'un remède efficace pour pallier cet inconvénient: s'oindre le
dos avec un onguent à base d'épine dorsale d'un poisson, le lates
niloticus, cuite dans l'huile.
Considéré comme le "liquide qui guérit",
le lait était examiné avec attention; il devait avoir l'odeur
des plantes aromatiques ou de la farine de caroube. S'il sentait le poisson,
il n'était pas assimilable. La longue durée de l'allaitement explique
pourquoi on n'a pas retrouvé de rachitisme dans les squelettes d'enfants
égyptiens. Ce précieux lait pouvait être recueilli dans
des récipients en argile, en forme de femes pressant leurs seins et tenant
un nourrisson sur les genoux.
Soigner les seins des nourrices était une tâche essentielle, de
manière à éviter démangeaisons, saignements ou suppurations. Les médecins utilisaient des produits à base de roseau, de
fibres végétales, de pistils et d'étamines de jonc.
Le lait donne la vie, la puissance et une longue existence. Si Horus a réussi
à reconquérir la royauté, c'est parce qu'il a été
allaité par Isis. Dès l'époque des Textes des Pyramides
le plus ancien corpus sacré, l'allaitement fait partie des rites de couronnement
de Pharaon qui, grâce à lui, redevient un être jeune, vigoureux,
dont la croissance est assuré par le lait céleste.
Il s'agit en fait, d'un véritable processus de résurrection.
Le roi allaité par les déesses, est de nouveau enfant, de nouveau
vivant, mais aussi reconnu comme apte à exercer la fonction royale. Comme
l'écrit Jean Leclant, dans l'allaitement il s'agit bien davantage
que de l'absorption d'un breuvage d'éternité; c'est plus que le
geste d'une protection magique ou qu'un simple rite d'adoption... Il s'agit
d'une espère d'initiation. En parvenant à sa nouvelle dignité,
Pharaon entre dans le monde des dieux.