"Extrait de: Les Egyptiennes, Christian Jacq editions Perrin"
La vie quotidienne des femmes en Egypte Ancienne
La nourrice
Donner un nom
Aussitôt après la naissance un personnage important entre en scène
: la nourrice. Certes dans un grand nombre de cas, la mère allaitait
elle-même son enfant mais la nourrice l'assistait pour l'aider à
résoudre les mille et un petits problèmes qui se posaient ;
Premier acte majeur : nommer l'enfant
(
)
De l'importance de la nourrice :
Plusieurs nourrices occupèrent un rang majeur à la cour d'Egypte.
Songeons par exemple à l'illustre Tiyi, épouse du dignitaire Aÿ
futur pharaon ; Elle donna le sein à Néfertiti et l'éduqua.
Grande Nourrice est-il dit de celle qui allaite un futur roi, celle qui a élevé
le dieu, celle au doux sein, vigoureuse lors de l'allaitement celle dont la
peau a été touchée par HORUS. Disposant d'un serviteur,
la nourrice royale a également la possibilité de se faire creuser
une belle tombe.
Le sage Pahéri a fait figurer ses trois nourrices sur les murs de sa
demeure d'éternité. Satrê, nourrice de la reine Pharaon
Hatchpsout, eut le grand privilège de voir sa statue placée à
l'intérieur de l'enceinte du temple de Deir-el-Bahari. Méryt,
épouse d'un trésorier en chef (tombe thébaine no 63) fut
nourrice de la fille de Pharaon et louée pour ses services par le roi
lui-même. Amenhotep II roi qualifié de "sportif" en raison
de ses exploits au tir à l'arc et à l'aviron, éprouvait
une vive affection pour sa nourrice, la mère du haut dignitaire Kénamon.
Dans la tombe thébaine (no 93) de ce dernier, le roi s'est fait représenter
sur les genoux de sa nourrice, installée sur une sorte de trône,
à l'intérieur d'un pavillon à colonne dont le toit est
orné de grenades et de fleurs de lotus. Couché au pied de la nourrice,
un chien. Deux jeunes filles apportent à boire, une troisième
joue du luth.
Datant de la basse Epoque, des contrats précisent que la nourrice, en
échange d'honoraires, s'engageait à allaiter le nourrisson ou
à s'occuper de lui pendant une période bien déterminée. Elle exerçait aussi une fonction médicale, soignant notamment
l'incontinence d'urine de l'enfant en lui faisant absorber des pilules composées
de parcelles de pierre bouillie ou un liquide à base de roseau.
Le pire pour une nourrice était de manquer de lait, elle disposait
d'un remède efficace pour pallier cet inconvénient: s'oindre le
dos avec un onguent à base d'épine dorsale d'un poisson, le lates
niloticus, cuite dans l'huile.
Comme il fallait allaiter un enfant au moins trois ans, selon les prescriptions
médicales, les nourrices ne manquaient pas de travail. Elles étaient
mieux payées que certains thérapeutes; ainsi en échange
de lses services, l'une d'elles reçut trois colliers de jaspe, une paire
de sandales, un panier, un bloc de bois, de l'ivoire et un demi-litre de graisse;
sa collègue, deux paires de sandales, un vase de cuivre, une natte, des
paniers d'huile.
Considéré comme le "liquide qui guérit",
le lait était examiné avec atention; il devait avoir l'odeur
des plantes aromatiques ou de la farine de caroube. S'il sentait le poisson,
il n'était pas assimilable. La longue durée de l'allaitement explique
pourquoi on n'a pas retrouvé de rachitisme dans les squelettes d'enfants
égyptiens. Ce précieux lait pouvait être recueilli dans
des récipients en argile, en forme de femes pressant leurs seins et tenant
un nourrisson sur les genoux.
Soigner les seins des nourrices était une tâche essentielle, de
manière à éviter démangeaisons, saignements ou suppurations. Les médecins utilisaient des produits à base de roseau, de
fibres végétales, de pistils et d'étamines de jonc.
UNE NOURRICE EN EXIL
Bien loin de l'Egypte, à Adana, en Syrie, fut découverte une
émouvante statuette en diorite, conservée au Metropolitan Museum
of Art. Elle représente Sat-Néférou, une femme au visage
grave et souriant, les yeux levés vers le ciel. Elle est assise sur ses
talons, sa main gauche est posée sur son sein droit.
Sat-Néférou était une nourrice fameuse mais sa réputation
fit son malheur, car elle fut appelée à exercer ses talents dans
un pays étranger, chez un ambassdeur ou un dignitaire en poste en Syrie.
Comme tout Egyptien ou toute Egyptienne obligés de séjourner loin
des Deux Terres, elle souffrit beaucoup de l'exil et regretta les jours heureux
passés sur les rives du Nil. Avant de quitter son pays, elle fit sculpter
cette statuette pour qu'elle fût déposée dans sa demeure
d'éternité. Une demeure où elle était certaine d'être
inhumée, même si elle mourait à l'étranger.
DU LAIT POUR PHARAON
Un document singulier une stèle de la XVIIIe dynastie, mérite
d'être cité: On y voit une femme très digne, portant perruque,
assise sur une chaise à dossier bas. Elle donne le sein à un enfant,
probablement un garçon, installé sur ses genoux. Devant elle,
l'une de ses filles verse de l'eau dans un vase, accomplissant un rite de purification.
Derrière elle, une seconde fille lui apporte une fleur de lotus, symbole
de résurrection. Un garçon assis respire une autre fleur de lotus.
Les trois enfants célèbrent la mémoire de leur mère
décédée, et cette scène d'allaitement a ceci d'exceptionnel
qu'elle se déroule dans l'autre monde où la femme, vivant à
jamais, continue à remplir sa fonction nourricière.
Le lait donne la vie, la puissance et une longue existence. Si Horus a réussi
à reconquérir la royauté, c'est parce qu'il a été
allaité par Isis. Dès l'époque des Textes des Pyramides
le plus ancien corpus sacré, l'allaitement fait partie des rites de couronnement
de Pharaon qui, grâce à lui, redevient un être jeune, vigoureux,
dont la croissance est assuré par le lait céleste.
Il s'agit en fait, d'un véritable processus de résurrection.
Le roi allaité par les déesses, est de nouveau enfant, de nouveau
vivant, mais aussi reconnu comme apte à exercer la fonction royale. Comme
l'écrit Jean Leclant, dans l'allaitement il s'agit bien davantage
que de l'absorption d'un breuvage d'éternité; c'est plus que le
geste d'une protection magique ou qu'un simple rite d'adoption... Il s'agit
d'une espère d'initiation. En parvenant à sa nouvelle dignité,
Pharaon entre dans le monde des dieux.
Extrait de: Les Egyptiennes, Christian Jacq editions Perrin
Quelques extraits d'une autre oeuvre majeure, avec des remèdes
à base de lait de femmes (pharmacopée égyptienne)
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