Bonjour,
je suis une maman qui a beaucoup bénéficié de l'information
sur votre site et de l'information de la Leche League de Montpellier. Ayant
rédigé un témoignage pour eux, j'ai demandé s'il
était possible de vous le transmettre et il s'avère que oui,
si l'on mentionne qu'il a été publié dans la revue Allaiter
Aujourd'hui.
Je vous le mets en pièce jointe, si vous pensez que cela peut être
d'une quelconque utilité, je n'ai relaté que mon expérience
toute personnelle, mais que j'ai bien vécu dans l'ensemble, malgré
quelques moments de doute. Mais qui ne doute jamais...?
Je vous souhaite une excellente continuation, je ne vous féliciterai
jamais assez pour votre site, vos encouragements, votre présence constante.
Au plaisir,
Anne
Paru dans Allaiter Aujourd'hui (parution association La Leche
League, avec leur aimable autorisation
Je m'appelle Anne. J'ai trois petites filles adorables nées... le
même jour. J'ai commencé cet article quand elles avaient 5 mois
et des poussières. J'ai écrit la première partie avec
l'une dans le porte-calllin et l'autre dans son transat que je balançais
du bout du pied. La troisième était dans les bras de sa grand-maman.
D'ailleurs, je lui dois une fière chandelle, car sans elle, l'allaitement
aurait été impossible, je crois. Voilà un peu pour camper
un petit portrait des premiers mois. Maintenant, à 16 mois, elles marchent
toutes depuis 3 mois et j'arrive à m'en occuper seule, le jour, jusqu'à
ce que leur père rentre du travail. Et je reprendrai le travail d'ici
un mois... Laissez-moi vous dire que ce sont trois enfants adorables.
La décision
Tout a commencé quand nous avons appris la nouvelle de cette grossesse
un peu « spéciale ». Tout d'abord un peu choquée,
j'ai pu compter sur le soutien du futur papa, qui m'a encouragée, rassurée
et de toute la famille qui ont accueilli la nouvelle non sans surprise mais
avec beaucoup de joie. Une fois les émotions retombées, nous
avons commencé à imaginer l'accueil que nous ferions à
ces trois petits êtres et d'entrée de jeu, j'ai choisi de les
allaiter. Et puis après, d'essayer. Au fur et à mesure que je
me renseignais, j'apprenais que des bébés qui naissent avant
terme éprouvent souvent des difficultés pour téter, d'autant
plus qu'ils sont souvent séparés de la mère dès
la naissance pour des raisons de santé ou de précaution. Le
gynécologue avait opté pour un accouchement par césarienne
et j'ai dû m'acharner pour avoir tous les éléments afin
de prendre ma décision. La sage-femme qui me suivait m'a encouragée
dans mon choix d'allaiter mes bébés. Ainsi, puisque je ne pouvais
pas avoir l'accouchement dont j'avais tant rêvé, j'allais tout
faire pour allaiter comme je le souhaitais, peut-être aussi pour donner
un caractère plus « normal » à cette grossesse,
qui, soit dit en passant, était spontanée. Mais j'avais également
en tête que mes enfants, peut-être encore plus que d'autres, auraient
grand besoin du lait maternel et que je ne pouvais pas leur faire plus beau
cadeau.
Lire, s'informer, se motiver, s'armer...
Le numéro d'Allaiter Aujourdhui consacrée à l'allaitement
de jumeaux ne m’a pas rassurée d'emblée car les mères
qui avaient réussi à allaiter avaient déjà une
expérience et les autres s'étaient souvent retrouvées
face à un échec. J'ai aussi rencontré l'animatrice de
la Leche League afin de lui parler de mon projet d'allaitement (car il s'agissait
bien de cela, un GRAND projet). Je suis donc retournée chez moi avec
le livre « l'Allaitement tout simplement » et des articles scientifiques
que j'ai lus attentivement. J'ai aussi beaucoup surfé sur Internet.
C'est ainsi que j'ai déniché la « bible » de l'allaitement
de multiples « Mothering Multiples » de Karen Kerkhoff Gromada
et découvert le site sur l'allaitement des jumeaux et plus de Françoise
Coudray . J'ai également réservé un tire-lait double
pompage de Médéla pour la date prévue de l'accouchement.
Mon entrée à l'hôpital fut programmée à
26 semaines de grossesse, à la mi-février 2004. Mais déjà,
à partir du mois de janvier, j'avais diminué mes activités
et pris une femme de ménage. Tout au long de ma grossesse, je suis
restée relativement active et j'ai fait des séances de yoga
(que j'ai poursuivies à l'hôpital) et beaucoup de relaxation.
Arrivée à l'hôpital, je n'ai pas tout de suite exprimé
mon désir d'allaiter. Toutefois, lorsqu'on me disait que je ne pourrais
sans doute pas les allaiter, j'argumentais avec les éléments
que je connaissais de mes lectures et de mes échanges avec les personnes
qui y croyaient.
ACTION!
Six semaines plus tard, j'ai accouché par césarienne de trois
petites filles qui pesaient 1,700 kg, 2,080 kg et 2,240 kg. J'ai pu les voir
quelques secondes, à travers le berceau et j'ai même caressé
la joue de Daphnée, la plus petite avant qu'elles ne me quittent toutes
les trois pour les soins intensifs. J'ai commencé le lendemain à
tirer mon lait mais j'étais incapable de bouger tant la cicatrice de
la césarienne me faisait souffrir. Je n’ai pas pu commencer à
tirer mon lait efficacement avant le quatrième jour.
Le lendemain, j'ai pu aller voir mes petites filles en chaise roulante, grâce
aux encouragements d'une sage-femme et d'une aide-soignante que je n'oublierai
jamais. Lors de cette première visite, j'ai fait part de mon souhait
d'allaiter et donc, j'ai demandé aux puéricultrices de ne pas
donner de tétines ou de biberon à mes filles et nous avons fait
du peau à peau avec Daphnée et Alice. Le troisième jour,
l'une des auxiliaires de puériculture m'a proposé de mettre
Alice au sein. Le résultat fut un gros câlin et encore une fois
beaucoup d'encouragements de la part de l'auxiliaire. D'ailleurs, j'ouvre
ici une parenthèse pour dire que le personnel hospitalier a souvent
été compréhensif, encourageant et le portrait sombre
que je m'en étais fait s'est révélé, heureusement,
faux.
Unité kangourou
À partir du quatrième jour, j’ai été transférée
à l’unité kangourou avec Charlotte. Les débuts
n'ont pas été évidents: la sonde était gênante,
Charlotte ne trouvait pas le sein ou ne s'accrochait pas bien, et quand elle
y parvenait, elle se fatiguait très rapidement et il fallait que je
la stimule. Alice nous a rejointes le lendemain. Ce fut aussi la première
à pouvoir essayer de téter sans sa sonde.
Une ou deux fois par jour, je descendais au service de soins intensifs pour
faire du peau à peau avec Daphnée et tirer mon lait sur place
pour le mettre dans sa seringue. Je voulais que toutes mes filles aient du
colostrum. Détail technique: j'ai conservé le tire-lait électrique
dans la chambre et j'avais un tire-lait manuel que je laissais aux soins intensifs,
dans une solution de stérilisation à cause des risques sanitaires
en cas de transport de matériel.
Prendre du recul
Puis mon lait s'est mis à blanchir vers le sixième jour, jour
de ma montée de lait. Ce jour-là, j'avais les seins durs comme
de la pierre, impossible de tirer mon lait, je redoutais l'engorgement. En
allant voir Daphnée aux soins intensifs, on a fait du peau à
peau et comme par magie, la petite s'est mise à chercher mon sein et
à téter efficacement. C'était fabuleux!
Les jours suivants ont été difficiles … Les mises au
sein étaient peu concluantes, les filles s'endormaient ou refusaient
le sein, j’étais crispée tellement je voulais allaiter,
j'en venais presque à en vouloir à mes filles de ne pas vouloir
téter. Heureusement, je me suis aperçue à temps de cette
tension et je me suis dit « L'important, c'est qu'elles ressentent que
j'ai confiance, que je suis bien, qu'elles peuvent aller à leur rythme
et si elles ont seulement besoin d'un câlin, et bien ce sera un câlin
».
Pour leur éviter de chercher le mamelon, une puéricultrice m'a
proposé de mettre un bout de sein de silicone. Cela nous a beaucoup
aidées : à 10 jours, Alice prenait sa ration entièrement
au sein, avec le bout de sein, Charlotte s'entraînait toujours et Daphnée,
qui nous avait rejoint, faisait surtout des câlins. Je tirais mon lait
toutes les trois heures et demi, la nuit également, pour prendre le
rythme des bébés. À 14 jours, les trois tétaient
toutes au sein, même la nuit, sauf Daphnée qui était toujours
sous gavage, ce qui m'obligeait à tirer un sein quelques fois par jour.
J'alternais sieste, tétées, repas. Très peu de loisirs...
Puis un soir, François, mon conjoint, est venu passer une nuit à
l'hôpital pour faire un essai « grandeur nature ». Nous
avons gardé les filles avec nous et nous nous en sommes occupé
pour la première fois tous seuls. Elles étaient complètement
désynchronisées et j'en avais une au sein toutes les heures.
Nous étions dans un état de fatigue très avancé,
mais avons découvert que nous avions des ressources insoupçonnées.
18 jours après la naissance, nous sommes sortis de l'hôpital.
Les filles pesaient respectivement 1,940 kg, 2,320 kg et 2,270kg et leurs
courbes de croissance étaient régulières.
En autonomie
Le retour à la maison s'est bien passé. Nous étions
un peu effrayés de nous retrouver seuls à la maison avec trois
bébés après un si long séjour entre les mains
du personnel de l'hôpital. François m'aidait énormément
la nuit (c'est lui qui faisait tous - ou presque - les changes) et le jour,
ma mère était là pour me nourrir, me permettre de dormir,
m'aider à mettre les filles au sein, m'aider à les endormir.
Les soirées étaient beaucoup plus difficiles et nous promenions
nos filles pendant des heures pour les endormir, pour calmer les crises de
coliques, les angoisses du soir. Le jour, je ne faisais « que ça
», c'est-à-dire allaiter. Les filles avaient un rythme de tétée
assez lent. Je faisais toujours du tandem et j'en posais une pour prendre
la troisième, qui avaient droit au « troisième sein »,
c'est-à-dire les deux seins. La rotation se faisait d'elle-même,
la dernière à téter se réveillant souvent la première.
La nuit, je faisais tandem également et nous gardions souvent les filles
avec nous pour dormir. À ce sujet, je n'ai jamais eu peur de les écraser
et ça ne s'est d'ailleurs jamais produit. J'utilisais le polochon d'allaitement
(un immense traversin rempli de balles d'épeautre) pour bloquer celle
qui était sur le bord du lit pendant la tétée.
Les difficultés, la culpabilité
Même si j'étais heureuse de les allaiter et que tout se passait
assez bien, j'ai quand même eu des moments de doute, d'incertitude,
de découragement. Ce fut le cas quand, après quatre heures assise
à faire téter les filles, la première réclamait
de nouveau et une demi-heure après, la seconde, qui venait tout juste
de quitter le sein et ainsi de suite, ce qui me faisait penser que je n'avais
pas assez de lait. Nous avions déjà dû donner des biberons
lors de plusieurs séjours à l'hôpital pour Daphnée
et Charlotte. Ces « pauses » du sein ne m'ont jamais plu et j'ai
toujours pensé qu'elles rendaient plus difficile l'allaitement, les
filles devenant paresseuses au sein et s'énervant parce que le lait
ne venait pas aussi vite qu'au biberon. Quoiqu'il en soit, la production a
diminué (du moins, c'est ce que je croyais) et l'allaitement au sein
intégral pour les trois s'est terminé après un mois et
demi.
Faire de son mieux
De un mois et demi à trois mois, l'une ou l'autre des filles avait
un biberon de lait en poudre par jour, selon que je me sentais plus ou moins
la force, le courage de les allaiter toutes. A chaque fois qu'un biberon de
lait en poudre était donné, je me sentais coupable et en même
temps soulagée à la fois de passer moins de temps à allaiter.
À 6 mois, nous avons commencé la diversification. J'avais en
tête à ce moment de profiter de la diversification pour revenir
à une alimentation au sein exclusivement pour les repas lactés.
Les repas solides me permettaient d'avoir un moment pour tirer mon lait, de
sorte que celle qui avait le biberon buvait quand même du lait maternel.
Ainsi, le matin, toutes les trois avaient le sein, le midi, elles avaient
un repas solide de fruits et légumes, à 4 heures, le sein et
puis un biberon seulement le soir. Le lait tiré à midi était
donné au goûter de 4h et parfois, je tirais un peu de mon lait
le matin, ce qui me permettait de stocker un peu de lait pour le biberon du
soir et ainsi de diminuer la quantité de lait en poudre donné.
L'objectif étant de faire du mieux que je pouvais, petit à petit,
la culpabilité de donner du lait en poudre s'est évanouie.
Vers le sevrage
Petit à petit, les repas solides ont donc remplacé les repas
au sein. Vers 8 mois, je tirais mon lait le midi et le soir, vers minuit.
Puis, j'ai cessé progressivement de tirer mon lait le midi. Le matin,
tout le monde avait droit au sein. Une des filles avait au goûter le
lait tiré la veille et deux autres étaient au sein. Le soir,
c'était des biberons de lait en poudre. Le rythme a diminué
progressivement. J'ai tiré mon lait le soir à minuit jusqu'à
la mi-janvier, quand elles avaient 9 mois. Puis j'ai arrêté.
Les filles n'avaient alors le sein que le matin et seulement deux sur trois
pouvaient y trouver satisfaction. Elles s'énervaient d'ailleurs de
plus en plus et ne faisaient pas de chichi quand elles avaient une bouteille
de lait artificiel ou maternel. Finalement, l'allaitement s'est terminé
un peu tout seul. C'est Alice qui un matin a refusé de téter
au sein. Le lendemain, les filles n'ont pas réclamé le sein
et n'avaient pas l'air malheureuses non plus. C'est comme ça que cette
belle histoire s'est terminée, sans planification, sans pleurs, sans
nuits écourtées, sans difficultés, sans culpabilité...
Quand je regarde en arrière, je ne regrette rien du tout. Je suis heureuse
d'avoir allaité mes filles, de leur avoir donné toute l'attention
que je pouvais leur donner (et ça continue...), d'avoir vécu
ces moments d'extase quand deux bébés ou un seul s'endort sur
votre sein et même ces autres moments plus difficiles où l'on
remet tout en question. Je suis heureuse d'y être arrivée tout
simplement, parce que c'était ce que je voulais. Le plus difficile
a sûrement été cette culpabilité qui me suivait
à cause des biberons de lait artificiel et sans doute que cette culpabilité
était un stress suffisamment important pour jouer sur la quantité
de lait que je pouvais produire (conclusion: faut pas culpabiliser si on veut
donner du lait, mais c'est plus facile à dire qu'à faire...)
Il faut aussi faire la part des choses et faire ce que l'on peut, chacune
d'entre nous, tout en assumant les décisions que nous prenons. Je pense
que le jeu en vaut la chandelle, que chaque millilitre de lait maternel est
bénéfique, que le contact avec la mère l'est tout autant.
Je pense que le succès de l'allaitement commence par soi, par la motivation,
l'information, puis l'environnement. Bien sûr, une assistance physique
me semble essentielle lorsqu'il est question de triplés, mais encore
là, à chacune ses capacités.
Paru dans Allaiter Aujourd'hui (parution association La Leche
League, avec leur aimable autorisation
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