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Un bébé prématuré au lait maternel

"Depuis le temps que Françoise COUDRAY nous avait demandé de raconter l'allaitement de notre enfant né prématurément, voici enfin ce texte, certes un peu long. Si seulement notre modeste témoignage pouvait aider et encourager, ne serait-ce qu'une seule maman !"

NOTRE TEMOIGNAGE : ALLAITER UN ENFANT PREMATURE

Pendant ma grossesse, j'avais beaucoup lu sur l'allaitement, et j'étais très très motivée pour allaiter notre enfant, mon mari également, vu les risques d'allergies très importants dans nos deux familles. J'avais notamment lu un livre écrit par Marie Thirion. Nous ne pensions pas qu'allaiter aujourd'hui en France était un tel parcours du combattant.

Notre enfant est né prématurément, à 7 mois de grossesse exactement. Il pesait 1760g.
Je n'ai eu ni césarienne ni péridurale (pas eu le temps, et heureusement !). Il a été posé quelques secondes sur mon ventre, le temps que la sage-femme se dépêche de couper le cordon ombilical. Puis il a été embarqué pour être pesé, perfusé, et mis sous couveuse au service de réanimation néonatale, situé dans un bâtiment éloigné du mien. Je ne l'ai vu que 8 heures après.
Pas question de le prendre dans nos bras. Donc pas question de pouvoir le mettre au sein.

Ce n'est que le lendemain (un dimanche, bien sûr) qu'à notre demande, non pas une sage-femme, mais un agent de service s'est débrouillé pour me dénicher un tire-lait manuel et un bac pour la stérilisation du kit. Me voilà, sans explications, avec ce tire-lait, et juste quelques gouttes de lait qui coulaient péniblement.
De toute façon, pas question de donner ce lait à notre enfant, car il fallait déjà que l'on me fasse une prise de sang, et que les résultats soient bons, et que le lait transite par le Lactarium, ce qui a demandé presque une semaine.
Enfin mon lait a pu lui être donné par sonde de gavage gastrique.
Comme tout allait bien, il a ensuite pu rejoindre le service Kangourou, et j'ai pu rester quelque temps à la maternité avec lui.

Les quantités de lait qui lui étaient données étaient déterminées de façon théorique par rapport à son poids. Les expressions du style " Dépêchez-vous de tirer du lait, ça va être l'heure de gaver votre fils. " n'étaient pas vraiment idéales pour stimuler la lactation. On nous menaçait de lui donner du lait artificiel si je n'en avais pas assez. On nous vantait les qualités indiscutables du lait " préma ". On jetait mon lait dès qu'il avait été tiré depuis 6 heures, car il y a une Loi (?) en France qui dit qu'il risque alors d'être contaminé, donc pas moyen de faire des réserves pour le soir où j'en avais moins. On me répétait que de toute façon, je n'avais pas assez de lait, et que je n'en aurai jamais assez. J'ai même fait revenir ma mère (600 km) car j'avais lu quelque part que le lait pouvait revenir aux grands-mères qui avaient allaité leurs propres enfants ! Aucune intimité possible pour tirer mon lait, car le personnel " défile " sans arrêt dans la chambre (pour les repas, pour le ménage, etc.), en entrant sans frapper et en faisant des commentaires sur la quantité de lait tirée. J'allais oublier les psychologues qui se sont succédées pour voir ce qui n'allait pas (!).

Puis, le pédiatre a décidé d'essayer le biberon (de lait maternel). Contraire à tout ce que j'avais pu lire pendant ma grossesse. Les essais à la cuillère ou à la tasse nous ont été refusés, car jugés trop dangereux. Quand j'ai demandé au pédiatre si notre enfant allait pouvoir téter au sein après avoir été habitué à la succion au biberon, il m'a répondu : " Madame, nous n'avons pas de certificat de garantie ! ". Nous n'avions donc pas le choix.

De rares essais de mise au sein m'ont été proposés. Il avait sa sonde gastrique dans la bouche qui le gênait. Il était gavé donc n'avait pas spécialement faim. Mais je me souviens qu'il avait pourtant tété. Bien sûr, lorsqu'il avait été pesé avant et après une tétée, la quantité prise au sein avait été jugée bien trop insuffisante. Normal, puisque le sein épuise tellement un prématuré, nous a-t-on expliqué. Donc, pas question de le fatiguer inutilement.
C'était donc parti pour les biberons de lait maternel. Et il devait prendre la quantité théorique calculée. Et il devait prendre du poids. Et il fallait qu'il prenne tous ses biberons à 100% pour pouvoir quitter l'hôpital. Nous avons essayé tous les modèles de tétines possibles et imaginables, en agrandissant les trous de tétines, puis mis de l'épaississant quand ça coulait trop vite, etc.

Bref. Cinq semaines après sa naissance, il buvait à 100% au biberon, et nous rentrions enfin tous les trois chez nous !
La course contre la montre a continué. Entre la stérilisation de mon kit de tire-lait, les demi-heures où j'étais immobilisée avec mon tire-lait vétuste et bruyant toutes les 3 heures, les couches à changer, les biberons à donner avec patience toutes les 3 heures, puis les rots ou les renvois, quelques lessives ou un brin de ménage de temps en temps, sans oublier de préparer à manger et de manger quand j'y pensais, tant et si bien que je dormais entre 2 et 5 heures par 24 heures, par tranches de 30mn à 1h. Je vous laisse imaginer.

J'ai souvent essayé de le mettre au sein. Très très rarement (1 à 2 fois par semaine), il lui arrivait de téter, et je remettais alors le biberon au réfrigérateur, pleine d'espoir. Mais la plupart du temps, il hurlait, se cambrait, se rejetait en arrière. J'avais le sentiment de ne pas être une maman normale. Je ne comprenais pas pourquoi il refusait le sein. Je n'ai pas osé appelé les associations pour l'allaitement maternel, car j'avais trop peur à l'époque que l'on me confirme que téter au sein lui serait à jamais impossible après avoir appris à téter au biberon.
Alors je tenais, avec bien sûr des hauts et des bas, voire même des très très bas. Heureusement que j'avais le soutien de mon mari. Je tenais encore une semaine, puis encore une semaine, etc., mais sans voir le bout du tunnel.

Il a dû subir une intervention chirurgicale. Je me souviens que juste après l'anesthésie, au réveil, alors qu'il était à jeun depuis de longues heures, il avait tété vigoureusement. Mais là encore, la balance avait donné son verdict : pas assez.

Je vous passe une autre hospitalisation de quelques jours parce qu'il était très fatigué et anormalement amorphe. Nous avions alors été accusés de maltraiter (oui !) notre enfant, parce que nous voulions le forcer à boire au sein alors qu'il était petit et que c'est tellement dur de téter au sein que c'est pour ça qu'il était si fatigué, et qu'il avalait de l'air et que c'est pour ça qu'il était ballonné, etc. Il m'a bien sûr été interdit d'essayer de le mettre au sein. En fait, nous avons compris quelques jours après, qu'il couvait tout simplement une conjonctivite.

Et puis un beau jour.
Un beau jour, alors qu'il avait 3 mois et demi,
sans savoir pourquoi, sans savoir comment,
il s'est mis tout d'un coup à téter du sein droit à 100%,
puis du sein gauche (plus gros) à 100% la semaine suivante.
Adieu le vieux tire-lait !
Je me souviens encore de notre première sortie dehors à pied tous les 3 ! Le bonheur, quoi !

Je l'ai allaité à 100% jusqu'à plus de 7 mois.
Il n'a plus jamais fait de renvois de lait, comme il en faisait après chaque biberon.
Il a aujourd'hui presque 13 mois, il pèse environ 9 kg.
J'ai repris le travail, et je l'allaite toujours, bien sûr !
Et comme j'étais habituée au tire-lait, je continue à tirer un peu de lait (avec un tire-lait plus moderne), de quoi lui préparer son dessert préféré : la semoule au lait de maman !
Allaiter : c'est un tel moment de bonheur !

M-P. (Lu et approuvé par mon mari S. !) Le 30 avril 1999.


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