| Communiqué de presse du 23 juillet 2003
Réaction de la CoFAM à la campagne d'affichage de la Fondation
Nicolas Hulot
pour la Nature et l'Homme
+++++ Deux photos-montage a partir de la photo de l'affiche +++++
La CoFAM, par la voix de son président Marc Pilliot, réagit
à la campagne d'
affiche menée par la Fondation Nicolas Hulot du15 juillet au 8
août en
France. L'image d'un sein dont s'écoule un liquide noirâtre
utilisée pour
frapper les esprits inquiète les professionnels de santé
et les associations
de soutien à l'allaitement maternel. Elle risque en effet d'induire
les
familles en erreur et de provoquer des sevrages dommageables pour la santé
de l'enfant et de sa mère.
Oui, le sein est toujours sain, et les substituts industriels du lait
maternel sont toujours inférieurs en qualité, y compris
dans un
environnement pollué.
C'est pourquoi Marc Pilliot, au nom de la CoFAM, s'adresse à Nicolas
Hulot
et demande « de faire une mise au point dans votre campagne, voire
de
retirer votre affiche tellement ambiguë. »
Pour en savoir plus
· La lettre ouverte du Dr Marc Pilliot
· La déclaration conjointe de WABA et d'IPEN, signée
par la CoFAM
· Le site de la Fondation Nicolas Hulot : www.planete-nature.org
· Le site internet de la Cofam: www.coordination-allaitement.org
Contact presse :
· Marc Pilliot (président de la CoFAM), 06 11 96 13 13
· Nathalie Roques, 04 78 93 02 08 ou 06 73 86 70 09
|
|
Dr Marc PILLIOT Wattrelos, le 23 juillet 2003
Président de la CoFAM
A Mr Nicolas HULOT
Monsieur,
J'aime beaucoup vos émissions et je trouve utile et salutaire
votre action.
Oui, la Planète est en danger et avec votre nouvelle campagne vous
faites très fort pour « réveiller » les esprits.
Cela est sans doute utile et vous avez réussi là un vrai
« coup » médiatique.
Mais (car il y a un « Mais » de taille), je ne peux plus
vous suivre : votre image-choc peut avoir des effets pervers que vous
n'aviez peut-être pas soupçonnés. Certes, je sais
bien que dans votre esprit, cela ne veut pas
dire qu'il ne faut plus allaiter, mais seulement qu'il faut être
vigilant et qu'il est temps d'agir.
Mais croyez-vous vraiment que les médias sauront faire les nuances
?
Nous ne sommes pas en Suède où 98 % des femmes allaitent,
où toutes les maternités et tous les pouvoirs publics sont
impliqués dans le soutien de l'
allaitement maternel, car tout le monde connaît là-bas les
grands bienfaits
du lait maternel.
Nous sommes en France, où il n'y a pas de « culture »
de l'allaitement (y compris chez les professionnels), et où les
pouvoirs publics n'ont pas encore compris qu'il pouvait s'agir d'un sujet
de santé publique. Trop de femmes en France sont mal informées
ou découragées d'allaiter à cause du manque de soutien
et du manque d'informations justes et objectives.
En effet, 75 % des femmes souhaiteraient allaiter quelques semaines, 50%
le font réellement à la naissance, seulement 10 à
20 % continuent après un
mois.
Déjà les jeunes mères perdent confiance dans leurs
capacités et dans la physiologie à cause d'une médicalisation
souvent abusive de la grossesse.
Elles perdent encore plus confiance en elles quand elles « ratent
» leur allaitement : elles se croient responsables, alors que c'était
les informations autour d'elles qui étaient érronées.
Avec quelques affiches, vous « sapez » complètement
le travail de nombreux professionnels et de nombreux bénévoles
pour aider ces mères à réussir leur
projet avec leur enfant.
Avec quelques affiches, vous déstabilisez des femmes qui sont déjà
si peu soutenues dans notre pays par rapport à tous les autres
pays d'Europe ou d'
ailleurs.
Avec quelques affiches, vous risquez de faire croire que les femmes qui
allaitent sont responsables, alors que la responsabilité incombe
aux sources
industrielles.
Certes, on peut dire que le lait maternel peut être pollué
mais, pour rester objectif et complet, il faut dire aussi :
- que le liquide amniotique est également pollué ;
- que le lait artificiel donne 5 fois plus de gastroentérites,
2 fois plus d 'otites, plus de méningites, plus de diabète,
plus d'obésité, plus d'allergies, plus de cancers, etc.
Oui, la Planète est en danger. Oui, nous sommes tous concernés.
Mais, de la même façon, nous pouvons dire « l'allaitement
maternel, nous sommes tous concernés ». C'est d'ailleurs
le thème de la prochaine Semaine
Mondiale de l'Allaitement Maternel. Le soutien des mères qui allaitent
concerne tout le monde : son entourage familial et amical, les professionnels
de santé et de la petite enfance, les autorités sanitaires,
mais aussi les médias.
Nous avons un combat qui se ressemble : c'est la Vie qu'on essaie de
préserver.
Pour vous, « le paradoxe est insupportable : nous savons, mais nous
refusons d'agir ou de voir la réalité ». Et je souscris
pleinement à votre révolte.
Pour nous, le paradoxe est tout aussi insupportable : nous savons les
multiples bienfaits de l'allaitement maternel sur la santé de l'enfant
et de sa mère, y compris dans un environnement contaminé,
et rien n'est fait pour
aider les mères. Pire, l'allaitement est parfois dénigré.
Sans que vous l'ayez voulu, votre campagne participe à ce dénigrement.
C'est pourquoi, au nom de la CoFAM , et au nom de mon éthique de
pédiatre,
je vous demande de faire une mise au point dans votre campagne, voire
de retirer votre affiche tellement ambiguë.
Dans l'espoir de vous avoir fait préssentir le sens de nos motivations,
et avec mes remerciements pour votre bienveillante attention,
je vous prie de croire, Monsieur, à l'expression de mes cordiales
salutations.
Dr Marc PILLIOT
Président de la CoFAM
Pédiatre à la Clinique Saint-Jean de Roubaix
2ème maternité en France à avoir obtenu
le Label « Ami des Bébés »
décerné par l'OMS et l'UNICEF
P.S. : Vous trouverez ci-joint une récente déclaration
conjointe de la WABA
et de l'IPEN, qui
fait écho avec mes propos.
|